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Ìû ïðîäîëæàåì ïóáëèêîâàòü òåìàòè÷åñêèå çàðèñîâêè î ôðàíöóçñêîì âåñüìà ðàçãîâîðíîì è íå âñåãäà ïå÷àòíîì ÿçûêå, êîòîðûé ìû èçó÷àåì â «Alliance Française» íà ñïåöêóðñå «Le français branché». Íà ýòîò ðàç ðå÷ü ïîéäåò î ïàòðèàðõå ôðàíöóçñêîé áðàííîé ëåêñèêè, ïî÷åòíîì ÷ëåíå ýòîãî êëóáà, íåçàìåíèìîì è íåïðåâçîéäåííîì ïî ÷àñòîòå óïîòðåáëåíèÿ – M e r d e !
FAMILLE DE MERDE. Il s’agit ici de la famille des mots réunis par la même racine, si le titre vous a paru ambigu, je vous prie de m’en excuser. La famille est nombreuse et tout à fait indispensable.
Premièrement, le mot «merde» lui-même qui joue dans le français d’aujourd’hui un grand rôle expressif et correspond à peu près à notre «äåðüìî», «ãîâíî» («ãý», «ãý íà ïàëî÷êå»), bien que nos homologues soient d’un emploi plus restreint, peut-être parce que plus grossiers que «merde». Par sa fréquence «merde» est plutôt à rapprocher de «÷åðò», «äüÿâîë» (encore que...). Et par l’emploi aussi: «je lui ai dit merde» se traduira en russe par «ÿ ïîñëàë åãî ê ÷åðòó», mais tout comme en russe «dire merde» peut aussi porter bonheur, sauf que chez nous le mot est prononcé par celui qui en a besoin (– Íè ïóõà íè ïåðà! – Ê ÷åðòó!), en français par celui qui le souhaite. Qui «ne dit pas merde», ne dit absolument rien, reste muet. «Merde pour lui» n’est autre chose que «÷åðò ñ íèì». Cependant, comme il se trouve que le terme français est aussi fort et ne convient pas pour toutes les oreilles, on peut le remplacer, suivant le cas, par «mince!», «diable!», «zut!» «flûte!», «cinq lettres!», «mot de Cambronne!» (mais ces derniers plutôt avec ironie ou pour montrer son érudition, on dit que c’est au général Cambronne que revient l’honneur d’avoir lancé le mot quant on lui a proposé de se rendre à Waterloo). Les élèves à l’école, en apercevant qu’ils sont en présence ennemie d’un adulte, pouvaient toujours se rattraper, une fois la bouche ouverte: «mer...credi». D’autres termes comme «chiotte», «crotte de bique», «putain» ou «bordel» sont aussi à éviter si vous n’êtes pas sûr que les gens soient compréhensifs.
Les expressions familières et populaires ne sont pas aujourd’hui plus rares qu’autrefois. Les goûts se démocratisant, ces expressions ont même gagné certaines couches sociales jadis dédaigneuses de cette langue, mais les jurons anciens se font de plus en plus rares. Autrefois, pour ne pas jurer le nom de Dieu sans raison (âñóå), on recourait à d’innombrables euphemismes: «parbleu», «sacrebleu», «morbleu»... Le «nom de Dieu» fait place à des «nom d’une pipe», «nom d’un chien», voire «nom de nom». Et «palsambleu» étant quand même «sang de Dieu» se mue en «bon sang» et même «bon sang de bonsoir». Le peuple prêtant moins l’oreille aux interdictions ecclésiastiques, jurait à sa façon, ne laissant pas Dieu en paix: «pardi», «sacredié» etc. On était très inventif: «sapristi!» «saperlotte!» et même «saperlipopette!» (très joli mais un peu long, on n’en est pas au bout quand on a déjà perdu toute la flamme) (J. Lacant).
Mais «merde» est aussi et surtout une substance des plus repoussantes dans laquelle on peut marcher dans la rue par inattention. Enfin, n’importe quelle saleté est mise sur le pied d’égalité avec la merde, c’est alors qu’on dit: attention, tu vas marcher dans la merde (îñòîðîæíî, òû â ãîâíî âëÿïàåøüñÿ!). Mais marcher dans la merde du pied gauche par inadvertance, ce qui arrive plus que souvent sur les trottoirs parisiens, est censé porter bonheur (avez-vous remarqué que c’est aux moments de la déception que le vox populi attribue le pouvoir d’apporter le bonheur, certainement pour en alléger le poid).
Employé au figuré, vous l’aurez compris, ça sert à désigner tout ce qui ne plaît pas: On bouffe que de la merde dans les Macdos. Et ce film qu’on a vu hier, quelle merde! (òàêîå äåðüìî!). De nouveau, pour éviter les malentendus, variez votre vocabulaire. Ne dites pas en présence du président de la République: «C’est de la merde, Monsieur le Président!», ça, je vous le déconseille franchement, dites plutôt, suivant le cas: c’est «kitch», du «toc», c’est un «navet», un «nanar» (en parlant des films). Entouré de vos copains vous pouvez allez jusqu’à: «quelle saloperie», ou encore «c’est de la gnognote», «c’est de la camelote», «de la foutaise» en parlant d’un objet de mauvaise qualité.
Si vous faites quelque chose «comme une merde», vous êtes un as, vous le faites les doigts dans le nez, haut la main, comme une fleur, mais l’expression est tombée en désuetude. C’est marrant que l’expression «c’est toute une merde pour faire ça» veut dire exactement le contraire, que c’est insurmontable.
Vous avez beaucoup d’ennuis, alors vous êtes «dans la merde», peut-être même «jusqu’au cou» ou «jusqu’aux yeux» (ïî óøè â äåðüìå), ou vous avez «de la merde au cul». Grossier, mais expressif, alors il faut s’y faire. «Je me suis foutu dans la merde» s’emploie donc au sens propre et au sens figuré. D’ailleurs on peut en avoir non seulement «jusqu’aux yeux», mais «dans les yeux»: «t’as de la merde dans les yeux» veut dire «tu ne vois rien» («tu zyeutes de la merde»). Ou dans les oreilles, alors on est sourdingue.
De quelqu’un qui a une trop haute idée de soi-même, on dira: celui-là, il se prend pas pour une (petite) merde! Si on «fait sa merde», on se vante, on frime*, expression usuelle au tournant du siècle.
Quant on est impatient d’avoir une réponse on lance souvent «oui ou merde?». Quand les yeux par la force de la nature regardent chacun de leur côté on dit parfois «celui-là a un oeil qui dit merde à l’autre».
«Merde» est aussi irremplaçable comme adjectif. Ainsi, un film sans valeur artistique, un navet, sera un film «de merde» (ãîâåííûé, äåðüìîâûé). Un livre qui vous sert de soporifique est un bouquin «de merde». Vous pourriez par exemple dire à votre ami qui se donne trop en spectacle avec sa bagnole: Viens pas frimer avec ta bagnole de merde. Encore que... peut-être, il vaut mieux pas, vous risquez de ne plus jamais le revoir.
Le suffixe -eux permet de se venger de quelqu’un qu’on a dans le nez: c’est un «petit merdeux», «une petite merdeuse» («merdeux» littéralement, c’est «ãîâíþê», même si chez nous il tend à être grand: «áîëüøîé ãîâíþê»). Attention tout de même, on croit dégager plusieurs emplois differents du mot. Ainsi pour certains il désigne (désignait?) quelqu’un de très jeune, inexperimenté («ùåíîê», cf. chez B.Clavel: «– Diane? Mais c’est une merdeuse. – Des nèfles. Elle a vingt berges et des poussières», c’est-à-dire ça fait rien qu’elle soit jeune, et puis pas aussi jeune que ça, vingt ans et quelques), pour d’autres un prétentieux, pour d’autres encore un pauvre pitoyable (cf. «les merdeux: qui les aidera à sortir de la merde [...]?» s’exclamait l’Humanité en 1978). «Merdeux» en tant qu’adjectif cède la place à «merdique», peut-être sous l’influence de «bordélique»: c’est un lieu merdique, cassons-nous d’ici [c’est-à-dire «c’est désagréable comme lieu, il vaut mieux s’en aller»].
Avec un suffixe et un préfixe on obtient un «emmerdement» (oh, pardon, la phrase se trouve équivoque). Mais si vous n’êtes pas sûr que la compagnie soit compréhensive, au lieu de dire: quel emmerdement! dites: quel ennui! quelle contrariété (mais ça, ça fait vraiment très 16e)! Et au lieu de: c’est un emmerdement sans nom! dites plutôt: ça me donne du souci, c’est gênant, quel tracas, etc., selon le cas. C’est vrai que le moment venu, il est difficile de faire le tri, on lâche ce qui est sur le bout de la langue.
Avoir «des emmerdements» c’est toujours très «emmerdant». De même un ami, un prof, des parents «emmerdants», sont trop ennuyeux, casse-pieds*, rasoir*, rasants*, raseurs*, barbants*...
Celui qui est «emmerdant», c’est un «emmerdeur» parce qu’il vous «emmerde». S’il vous «emmerde» trop, c’est un «emmerdeur de premier ordre» ou parce que ça va pas chez lui: comme chante Katerine «je suis dans la merde et je vous emmerde»...
Vous pouvez d’ailleurs «vous emmerder» vous-même, pas besoin d’avoir des «emmerdeurs» pour cela: ce resto est triste à mourir, qu’est-ce qu’on s’emmerde ici! Vous risquez aussi d’entendre les Français, non satisfaits de l’expressivité du mot, dire: «je me suis emmerdé à cent sous de l’heure» ou «on s’emmerde comme un (ou des) rat(s)», voire «comme un rat mort».
Le suffixe -ier nous donne un grand désorde: Quel merdier! Rangez-moi vite ce merdier! Remarquons au passage que ce n’est qu’une façon (parmi tant d’autres!) de parler du désordre : on dit aussi «bordel», «foutoir», «bazar», «pagaille», «souk», «binz»… Ou au figuré: on est dans un beau merdier («âëÿïàëàñü», vous savez où...), autrement dit on est perdu, fichu*, foutu*, paumé*, cuit*, grillé*, dans de beaux draps...
Quand on s’est trouvé dans la merde, il faut «se démerder». Ceux qui y réussissent le mieux sont les vrais «démerdars»: Comment il va se démerder? C’est un démerdard! Mais pour bien se démerder, il faut avoir sa «démerde», son «système D», et le plus efficace possible!
Terminons par le verbe «merder», d’un emploi un peu moins universel que les mots précédents. Votre imprimante marche mal, alors elle peut «merder»: ton imprimante a merdé, il manque des lignes [Duneton]. Vos projets échouent toujours, donc ils «merdent»: ça sert à rien de prévoir quelque chose à l’avance si tous nos projets merdent toujours! Un élève qui merde à l’examen va sûrement être collé. Quelqu’un qui traîne, n’arrive pas à faire vite quelque chose «merdouille»: ils ont merdouillé un moment, juste le temps de décamper [ils ont temporisé ce qui m’a permis de m’enfuir]. Quelqu’un qui s’embrouille en parlant «merdoye».
QUELQUES EXEMPLES:
Je suis drôlement emmerdé, j’ai paumé mon pébroque [je suis très ennuyé parce que j’ai perdu mon parapluie].
J’ai des emmerdements avec ma bagnole [si la bagnole ne veut pas démarrer].
J’ai merdé dans ma dissertation, j’ai confondu Racine et Corneille [tiré de Duneton, cela veut dire que vous avez fait une grosse bévue].
En quoi consiste ton travail? Empêcher ces débiles de foutre la merde [aussi de Duneton, le travail consiste à soutenir l’ordre, ne pas permettre de «semer le bordel»].
Plusieurs exemples ont été glanés chez les auteurs suivants:
Å.Ô. Ãðèíåâà, Ò.Í. Ãðîìîâà. Ñëîâàðü ðàçãîâîðíîé ëåêñèêè ôðàíöóçñêîãî ÿçûêà. Ì., 1997.
Claude Duneton. Le Guide du français familier. Ed. du Seuil, Paris, 1998.
Dontcho Dontchev. Dictionnaire du français argotique, populaire et familier. Ed. du Rocher, Paris, 2000.
Pierre-Maurice Richard. Le français familier et argotique / Spoken French Foreigners Should Understand. National Textbook Company, 1977.
Louis-Jean Calvet. L’argot en 20 leçons ou comment ne pas en perdre son français. Ed. Payot et Rivages, Paris, 1993.
Geneviève. Merde! The Real French You Were Never Taught at School. Atheneum. New-York, 1984.
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